Tu cherches à te faire un avis sur l’intelligence artificielle ? Je te donne mes observations de graphiste engagée (attention, j'ai des takes !)

Difficile de l'ignorer, l'IA est partout désormais. Des voix commencent à s'élever pour franchement s'y opposer, d'autres l'adoptent les yeux fermés. Mais comment se forger un avis sur l'intelligence artificielle éclairé ? C'est justement le but de cet article : je suis graphiste et je pense que mon point de vue pourrait t'intéresser. Je te parle ici des avantages que j'y trouve, des limites de l'outil et surtout des coûts cachés qui sont bien souvent passés sous silence.
Les intelligences artificielles comme ChatGPT, Gemini ou Perplexity se sont démocratisées à une vitesse folle. Un sondage réalisé par la société Hexagone met en lumière les principaux usages par les Français en 2025 : 81% l'utilisent comme moteur de recherche, 60% pour de la production de texte, 58% pour créer du contenu visuel, et 30% comme coach de vie ou d'organisation.
Faisant partie du commun des mortels, j'ai moi-même parfois recours à l'IA pour de la réécriture, de la reformulation et de la traduction. En revanche, tu verras sur mes devis que je précise « Toutes les créations sont 100% humaines, sans IA générative ». Ce n'est pas pour crâner, mais c'est devenu une nécessité dans mon secteur. J'ai arrêté d'utiliser les IA génératives pour de la génération d'images. Niveau éthique, cela ne me convient pas. J'estime que les personnes qui viennent me voir cherchent de la création, pas une génération d'images.

Soyons honnêtes : si l'IA cartonne autant, c'est qu'elle apporte des bénéfices concrets. La facilitation des tâches est indéniable : ChatGPT comprend ce que tu lui demandes en deux coups de cuillère à pot, sans se casser la tête à formuler la requête parfaite pour Google. L'économie d'argent est réelle aussi : quand on démarre avec une trésorerie limitée, pouvoir générer un logo ou des posts Instagram gratuitement, ça libère du budget ailleurs. La rapidité d'exécution est imbattable : tu obtiens ton visuel en quelques clics, sans délai ni allers-retours. Et surtout, il y a cette sensation d'autonomie hyper gratifiante de tout gérer seul·e.
C'est normal de vouloir faire seul et d'en retirer de la fierté. Les IA génératives mettent à notre portée des réalisations qui auraient nécessité beaucoup de temps pour en maîtriser tous les aspects.

Maintenant, parlons du revers de la médaille que j'observe au quotidien dans mon métier.
Si tu interroges les IA génératives sur un sujet pointu de ton domaine, tu t'aperçois vite qu'elles font des approximations, voire qu'elles te donnent de fausses informations. ChatGPT 5 par exemple (dernière version à la date de sortie de cet article) fonctionne sur des connaissances qui s'arrêtent au 1er octobre 2024. Si ton secteur a connu des avancées majeures depuis, l'IA n'est tout simplement pas au courant.
De nombreuses études ont également pointé l'existence de biais dans les contenus produits par l'IA. Demande à ChatGPT de décrire un médecin et tu peux être sûr qu'il te décrira un homme, blanc, d'âge moyen. Un article de la revue Sciences humaines montrait une image IA où des membres des Premières Nations du 18e siècle aux États-Unis avaient un sourire Colgate complètement anachronique.
Les IA ne créent pas. Elles assemblent des connaissances qu'elles ont engrangées. Elles sont programmées pour fournir une réponse satisfaisante, pas la meilleure réponse possible. Si tu lui demandes un post LinkedIn par exemple, elle te produira un post acceptable : ça passe. Mais il est très difficile de lui faire produire quelque chose qui sorte du lot. Les IA produisent de l'uniformisation.
D'un point de vue utilisation personnelle, j'ai notamment arrêté de les utiliser en brainstorming parce qu'elles m'influençaient dans des créations très banales au lieu de chercher l'originalité. J'ai également récupéré quelques client.e.s qui avaient tenté de créer leur logo avec l'IA et qui n'avaient jamais réussi à obtenir quelque chose qui leur ressemblait vraiment.
Tu vois la vidéo du gouvernement avec une résistante en train de s'enjailler avec un soldat allemand à la libération de Paris ? Imagine le bad buzz que ça peut représenter pour une entreprise…
J'ai par exemple eu une cliente qui forme des agriculteurs sur les plantes de prairie. Impossible pour elle de laisser passer des images d'araignées à 6 pattes générées par IA, au risque de perdre en crédibilité et de se mettre à dos ses potentiels clients. On a travaillé ensemble sur des visuels avec une vraie démarche d'illustration scientifique.


Voici ce qui me dérange le plus et qui influence profondément mon avis sur l'intelligence artificielle.
L'alimentation des serveurs en électricité est très gourmande. Cela commence déjà à poser des problèmes dans certaines régions du monde où les locaux sont privés d'électricité pour que les serveurs fonctionnent 24h/24. Si ça t'intéresse, je te recommande les travaux de la chercheuse Ophélie Coelho.
Et on ne parle pas que de régions excentrées où notre empathie a déjà du mal à porter. Londres limite par exemple les nouvelles constructions jusqu'en 2030 parce que son système électrique ne peut pas fournir les serveurs et l'étalement urbain. Les quartiers Nord de Marseille font régulièrement face à des pannes de tramways en bout de ligne parce que la ville n'a plus assez d'électricité pour desservir les quartiers excentrés.

D'un point de vue législatif, la propriété intellectuelle concernant les créations par IA est encore très floue. Dans ce cadre, qu'est-ce qui protège ton logo ou ton contenu ? Comment prouver que ce sont les tiens et que d'autres n'ont pas le droit de les utiliser ? Compliqué.
Pour aller plus loin, je t'invite à lire mon article sur Comment protéger ton logo.
Il y a également le non-encadrement de ce qui est donné à manger aux IA. Je pense par exemple à l'artiste Hayao Miyazaki qui s'est toujours positionné fortement contre les IA génératives. Pourtant, cela n'a pas empêché beaucoup de monde de sauter sur la trend qui pompait allégrement son esthétique pour transformer une photo banale en personnage d'animé.
Pour légiférer sur les risques de deepfakes (utiliser l'image d'autrui et réaliser un montage à IA pour faire croire à quelque chose qui ne s'est pas réellement passé), le Danemark a pris une initiative en 2025. L'objectif est que chacun détienne la propriété de sa propre image. Je trouve que c'est une excellente initiative quand on voit le scandale de Grok, l'IA de X que les internautes utilisent régulièrement pour créer des nudes de personnes qui n'ont rien demandé.
Appliqué à une entreprise, le risque que peuvent représenter les deepfakes est considérable. Les bad buzz vont vite, et l'énergie et le temps qu'il faut pour les démonter ne sont clairement pas une priorité pour ton business.
Tout le contenu que nous fournissons aux IA en leur posant toutes nos questions, où va-t-il ? À quoi sert-il ? Car tu sais ce que l'on dit : si c'est gratuit, c'est que c'est toi le produit ! Est-ce juste pour entraîner les modèles (on aimerait y croire) ? La question de la souveraineté de nos données se pose plus que jamais.
Les posts illustrés par IA étaient assez bluffants au départ et tout le monde était émoustillé de cette nouveauté. Aujourd'hui, voir un post illustré par l'IA réveille plutôt notre instinct de doute : on scrute l'image pour chercher les défauts. Durant les marchés de Noël, de nombreux clients ont pointé du doigt les affiches clairement réalisées avec l'IA, et pas pour en dire du bien.
Quand tout le monde utilise les mêmes outils pour créer du contenu, tout finit par se ressembler. Et dans un monde saturé de contenus, c'est justement la singularité qui fait la différence.

Rares sont les gens qui n'ont jamais touché à une IA générative « juste pour voir ». Et c'est une bonne chose ! Des études montrent que les personnes ayant déjà utilisé l'IA sont en moyenne plus conscientes de ses limites et de ses coûts cachés que les autres. Mon avis sur l'intelligence artificielle après plusieurs années d'observation dans mon métier de graphiste ? C'est un outil qui peut être utile pour certaines tâches précises, mais qui ne remplacera jamais la créativité humaine, l'expertise métier et la singularité. Être au courant du revers de la médaille est selon moi le meilleur moyen de l'utiliser (ou pas) en conscience. Le sujet n'est clairement pas à prendre à la légère, comme en témoignent les enjeux géopolitiques, énergétiques et éthiques liés.
Cependant, comme beaucoup d'autres sujets, la responsabilité individuelle ne peut pas être tenue comme seule responsable. Nous pouvons tous consommer selon nos valeurs, nos moyens financiers et notre disponibilité psychologique, mais l'encadrement de l'intelligence artificielle devra se faire à une échelle plus grande, à l'image du Danemark. En tant que graphiste engagée, j'ai fait le choix de ne plus utiliser les IA génératives pour mes créations visuelles. Ce choix reflète mes valeurs et ma vision du métier : offrir à mes clients une vraie création, unique et pensée pour eux, pas une génération standardisée. Si ce positionnement te parle, je t’invite à me contacter pour discuter de tes besoins.
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